Hommage à Georges et Marianne Ascoli
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À l’occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation et du 80e anniversaire de la découverte des camps d’extermination, le service des archives commémore le souvenir de deux Sévriens, Georges et Marianne Ascoli, arrêtés par la Gestapo à Sèvres le 21 février 1944, internés à Drancy, déportés par le convoi n°69 du 7 mars et assassinés à leur arrivée à Auschwitz-Birkenau le 12 mars 1944.
Deux amoureux des belles-lettres
Georges Ascoli est né le 14 juin 1882 à Paris. Issu d’un milieu modeste, il perd son père, commis d’agent de change, alors qu’il est âgé de 14 ans. Son frère aîné, Marcel, normalien, est reçu premier à l’agrégation de physique en 1902. Georges est admis à son tour à l’École normale supérieure en 1903, en sciences humaines, dans la même promotion que l’historien Marc Bloch. Agrégé de lettres en 1907, il commence sa carrière dans l’enseignement secondaire, à Alès puis Toulon.
Il rencontre alors Marianne Greif, née le 20 avril 1891 à Constantine en
Algérie. Son père, Francisque Greif, exilé de Roumanie, exerce comme magistrat à Toulon. Passionné par les études antiques, il transmet à sa fille son goût pour la musique ; elle s’adonne au piano. Le 20 septembre 1910, Georges et Marianne se marient à Toulon. Après Nantes et Lille, la famille s’installe à Sèvres, dans une maison acquise en 1923 rue de la Cerisaie. Trois fils sont issus de cette union : Marcel, né en 1911 à Nantes, Pierre, né en 1916 à Toulon et René, né à Sèvres en 1924.
Une carrière universitaire
De 1919 à 1928, Georges Ascoli est chargé de cours puis professeur à la Faculté des Lettres de Lille. Il prépare également sa thèse d’État, soutenue en 1930 et consacrée à La Grande-Bretagne devant l’opinion française au XVIIe siècle. Elle est accompagnée d’une thèse complémentaire, consistant en l’édition scientifique de Zadig de Voltaire.
Chargé de cours dès 1929 à la Faculté des Lettres de l’Université de Paris, il est nommé en 1935 à la chaire d’histoire de la littérature française du XIXe siècle. Il prend plaisir également à diriger le groupe théâtral moderne de la Sorbonne. Son enseignement eut un rayonnement international par ses nombreuses missions à l’étranger, notamment aux États-Unis, mais aussi par la radiodiffusion de ses cours.
Ses publications témoignent de son érudition et de son amour pour la littérature. Parmi ses ouvrages les plus notables figurent des études sur Voltaire, le théâtre romantique et la critique littéraire au XVIIe siècle. Son Essai sur l’histoire des idées féministes en France (1906) fait déjà preuve de ses réflexions avant-gardistes sur des sujets sociaux. Il sera également un spécialiste et fervent défenseur de l’œuvre de Victor Hugo.
Un destin marqué par la guerre et la déportation
Georges Ascoli fut mobilisé toute la durée de la Première Guerre mondiale et reçut plusieurs blessures. Promu capitaine, il est cité à l’ordre de sa Division pour son dévouement et son courage. En 1939, Georges est à nouveau mobilisé à sa demande, et obtient le grade de lieutenant-colonel. Fait prisonnier lors de la défaite de l’armée française en juin 1940, il est interné à Beaune-la-Rolande puis à l’Oflag XIII A de
Nuremberg, avec son beau-frère Émile Greif. En captivité, il participe à l’animation d’une université pour les prisonniers, jusqu’à sa libération en août 1941. De retour à Sèvres, il ne peut reprendre ses cours à la Sorbonne, en application du second statut des juifs. Georges et Marianne subissent l’exclusion imposée par le régime de Vichy.
Le 18 septembre 1943, invité par le maire de Sèvres, il participe à une cérémonie officielle à la mémoire des victimes du bombardement aérien. Mais il est dénoncé par la presse antisémite. Le 21 février 1944, les époux Ascoli sont arrêtés par la Gestapo puis transférés au camp de Drancy. Ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau par le convoi n°69 du 7 mars, et sont dirigés, à leur arrivée, vers les chambres à gaz. Leurs noms sont inscrits parmi les 76 000 du Mur des Noms du Mémorial de la Shoah ; ils figurent aussi sur une plaque commémorative située dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville, devant le parvis de la Résistance et de la Déportation.